À partir de septembre 2020, François Hien écrit régulièrement une lettre au nom de l'Harmonie Communale, envoyée à un grand nombre de contacts, dans lesquels il chronique le travail mené par la compagnie.

Lettre N°

20

9 JUIN 2022​​ -  Annonces

Cher·e·s ami·e·s

 

Voici la vingtième newsletter écrite par François Hien au nom de l'Harmonie Communale.

Voici le moment de l'année où s'enchaînent les présentations de saison, où la saison suivante se dévoile, et je voulais profiter de cette période pour annoncer ici ce que nous allons faire l'année prochaine.

 

Mais avant tout, deux annonces.

Journée Pagnol :

 

Ce vendredi 11 juin, à La Mouche à Saint-Genis-Laval, nous projetons dans de magnifiques copies restaurées la trilogie de Marcel Pagnol Marius, Fanny et César. Trois films fondateurs de mon goût pour l'écriture dramatique, que j'ai vus et revus à l'adolescence, et qui ont profondément déterminé mon envie de raconter des histoires. Cette influence est discrète, elle se laisse d'autant moins remarquer qu'on se fait souvent une idée fausse de Pagnol, le réduisant au régionalisme, au pittoresque : reproche-t-on à tous les cinéastes qui ne tournent qu'à Paris de faire du régionalisme ? Pagnol écrit des histoires qui, par certains de leurs détails, ne pourraient se passer que là où il les situe ; et en même temps, il y déploie une ampleur de récit et des grands mouvements d'âme qui rendent ces récits universels. La trilogie fait partie de ces grandes histoires simples dont on a l'impression qu'elles ont toujours existé quelque part, dans un coin de mémoire de l'humanité. La langue de Pagnol alterne la précision documentaire (ces personnes parlent comme on ne parlerait pas ailleurs) et les envolées littéraires sans qu'on saisisse l'endroit de la couture. Dans certains passages de La Peur, j'en ressens très précisément l'influence, sans que ce soit lisible pour qui que ce soit peut-être.

 

Nous allons donc, au cours de cette journée, voir ces trois films, les commenter, et prendre du bon temps entre deux dans le jardin du théâtre, manger, boire un coup. Ces films, si souvent diffusés à la télé, sont faits pour être vus comme ça. Ce sont des spectacles – filmés, certes, mais spectacles tout de même. Ils sont conçus pour se déployer devant des assemblées composites, où chacun entend les autres rire ou s'émouvoir, où notre compréhension et notre sensibilité sont aiguisées par les réactions des autres... Il est des spectacles dont on sait qu'ils marchent moins devant des salles presque vides ; on oublie que les films peuvent être du même genre, et qu'on les abîme en les découvrant seuls, sur des écrans d'ordinateurs.

 

C'est pour ça que j'ai programmé ces films. Évidemment, ça a moins de sens si nous faisons un bide et nous retrouvons à dix dans la salle. Pour être tout à fait honnête, j'ai quelques inquiétudes sur la fréquentation d'une telle journée. Plus encore que les théâtres, les cinémas souffrent d'une désaffection très lourde. Cette programmation est un pari de la part de La Mouche. Je m'en voudrais de les avoir entraînés à une programmation un peu aventureuse. Ce n'est pas la raison pour laquelle vous devez venir, mais enfin si jamais vous hésitez, sachez que j'ai plutôt besoin de public.

 

Le premier film sera diffusé à 14h, le deuxième à 16h30 et le dernier à 20h00.

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Sortie de notre livre : La Révolte des Canuts :

 

La reprise de La Révolte des Canuts au théâtre des Célestins approche. En parallèle des répétitions, nous préparons la sortie d'un livre assez ambitieux, regroupant le texte de la pièce ainsi qu'un récit par Marie Evreux de tout le projet ayant conduit à cette création, et un texte de moi sur les sources historiques que j'ai mobilisées et les intentions politiques déployées par telle ou telle partie du récit. Le livre sera un bel objet, édité par les Editions Libel, déjà responsables du très bel ouvrage sur les Canuts écrit par Ludovic Frobert.

 

Le livre sortira lors d'une soirée de lancement que nous organiserons au théâtre de l'Elysée en novembre prochain. Mais nous avons résolu de le proposer en préachat aux destinataires de notre newsletter. Aussi, si vous souhaitez acheter un ou plusieurs exemplaires du livre au prix réduit de 12 euros (le prix de vente après la sortie sera de 16 euros), vous pouvez nous l'indiquer en réponse à ce message. Nous vous indiquerons plus tard la procédure pour le paiement.

 

Ce livre correspond à une envie que nous poursuivons depuis maintenant un an, de proposer autour de nos spectacles des ouvrages qui en constituent des caisses de résonance.

 

 

Saison au TNP :

 

La plaquette de saison du TNP est sortie, il est donc temps d'annoncer ici ce que nous y préparons depuis plusieurs mois déjà : deux années très denses dans le théâtre dirigé par Jean Bellorini et Florence Guinard, qui nous ont fait une proposition particulièrement enthousiasmante. Deux grandes créations sur deux ans : La Crèche – Mécanique d'un conflit l'an prochain, et un projet autour de l'Education Nationale l'année suivante, en janvier 2024. Entre les deux, une permanence : nous jouerons l'une de nos pièces tous les mardis dans une salle qui nous sera consacrée, faisant tourner notre répertoire. À cela s'ajoutent des petites formes, répétées et créées au TNP, notamment une reprise de la pièce Millenal, que j'avais écrite pour les élèves de l'école Arts-en-scène et que je reprendrai avec la promo du Compagnonnage théâtre ; ou Les Veillées, une modalité de théâtre à la lisière de la causerie scientifique, dont j'explorerai les possibilités avec mes camarades Arthur, Sabine et Léa.

 

Une année où nous ferons feu de tout bois, déployant la cohérence d'un univers de fiction dont chaque pièce constitue un fragment certes autonome, mais qui s'augmente d'être vu à proximité des autres. Presque toutes celles et ceux qui ont compté dans l'histoire de la compagnie trouveront leur place, à un endroit ou à un autre, dans ce grand cycle au TNP. Mais ce sera l'occasion également d'ouvrir largement notre équipe et de la diversifier – double mouvement auquel j'essaie de rester attentif à chaque étape : construire des fidélités et renouveler l'équipe. Je suis en train de mener, avec d'autres compagnies, le recrutement des compagnons du GEIQ-théâtre, dispositif de formation en alternance dont l'Harmonie Communale deviendra partenaire pendant nos deux années au TNP : je rencontre des jeunes gens dont certains seront des camarades de travail, et que nous devons choisir parmi une cinquantaine de postulants retenus au troisième tour ; c'est émouvant et brassant, je regrette déjà celles et ceux que nous ne choisirons pas, je voudrais qu'ils en soient tous.

 

Nous serons donc une grande équipe composite, avec des anciens, des nouveaux, des métiers divers, à investir le TNP pendant deux ans, à nous y installer comme pour y vivre, à nous servir de l'outil formidable qu'il constitue, dans une ville que j'aime particulièrement. Car aussi heureux que j'ai pu être aux Célestins, je n'ai jamais cessé de me sentir étranger dans ce coin de la presqu'île. Quand je quittais la Guillotière en vélo pour passer le Rhône et atteindre ce quartier de boutiques luxueuses, je me sentais m'éloigner de moi-même. Impression inverse lorsque je roule vers Villeurbanne : là, tout me plaît, tout m'inspire, la place Lazare-Goujon envahie de familles, les buvettes à l'ancienne posée au centre des places (celle de Grand-Clément vit son dernier été, si vous voulez la voir !), les rues où le travail reste visible, des entrepôts aux côtés des immeubles de rapport, une tradition d'éducation populaire qui a laissé sa trace partout... Oui, décidément, nous serons à notre place là-bas.

 

Précisons-le, tout de même : ce déménagement au TNP se fait en bonne intelligence avec les Célestins, où nous aurons passé presque trois ans et où nous serions volontiers restés si l'on ne nous avait pas fait une telle proposition. Avec les équipes des Célestins, nous avons vécu des moments forts et nous nous sommes sentis accueillis, soutenus, notamment pendant la longue période de fermeture des lieux culturels, au cours de laquelle nous avons pu profiter des espaces du théâtre comme nous n'aurions pu le rêver. Mais il est certain que la proposition du TNP ne pouvait se refuser. Nous vivrons à la fin du mois le feu d'artifice final de cette collaboration avec les Célestins : la reprise de notre projet des Canuts, dans la grande salle. Une troupe de plus de 80 personnes qui s'emparera du théâtre et le fera vibrer des luttes des ouvriers de la soie lyonnais. Les trois dates sont complètes à ce jour. Mais si vous souhaitez absolument venir, je suis sûr que ça passe en dernière minute, n'hésitez pas.

 

 

Le « festival de l'effondrement » de Jérôme Cochet

 

Notre saison au TNP s'apparente à un rêve de théâtre : habiter un lieu, construire une relation durable avec un public et un territoire, faire apparaître les résonances entre nos pièces, s'implanter de façon si profonde qu'on fait mentir localement les statistiques nationales sur la fréquentation des théâtres...

 

Dans un autre genre, le week-end de l'Ascension, l'ami Jérôme Cochet a proposé un autre rêve de théâtre, et qui lui aussi se veut une alternative à un système de diffusion épuisé. Dans un manoir en ruine, sur les contreforts des montagnes de Belledonne, Jérôme a proposé, en collaboration avec l'association Scènes Obliques, un festival de théâtre de quatre jours, en plein air, sur des scènes de bois construites la semaine précédente à partir d'arbres coupés dans les forêts du massif. Une armée de bénévoles, composée d'habitants des villages alentours et des amis de Jérôme – dont moi. Nous avons écouté des histoires sous les étoiles, parfois réchauffés par un feu, renouant avec une dimension originaire du théâtre certainement, mais anticipant peut-être aussi sur son futur, un théâtre appauvri et revenu à son noyau fonctionnel et poétique, ce théâtre qu'on aurait besoin toujours de faire s'il n'existait plus de lieu s'appelant théâtre.

 

Le festival nous nettoyait du milieu culturel, des scénographies délirantes qui coûtent une fortune et servent parfois si peu, des spectacles qui respirent l'argent et n'ont pas grand-chose de plus à dire... Souvent, quand je vais au théâtre, j'ai l'impression de ne pas faire le même métier que ceux dont je découvre les spectacles, et cela me rend perplexe – je ne sais si c'est moi qui ne suis pas à ma place ou si c'est eux qui ont perdu quelque chose en route. Lors de ce week-end au Manoir, j'étais profondément en phase avec ce que je découvrais.

 

Mort d'une montagne, la pièce que nous avons écrite ensemble Jérôme et moi, a joué deux fois pendant le festival. La première à la tombée du jour, la fin se faisant dans une lumière de théâtre alors que le début avait baigné dans la lumière rose-orangée d'un lent crépuscule. La deuxième représentation, en fin d'après-midi, vit le soleil disparaître en cours de jeu derrière les falaises de la Chartreuse, face à nous. Magnifique jeu d'échelle, qui annexait l'immense montagne comme arrière-plan scénique.

 

Sélectionné par le festival Incandescences, Mort d'une montagne rejouera au TNP, le premier juillet, à 20h30. C'est vraiment un spectacle que j'adore – et je me permets de le dire car je n'ai pas fait partie de l'aventure de sa création. Venez !

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